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GOOD VIBRATIONS : EXPLOSION PUNK AU COEUR DE BELFAST


Belfast, fin des années 1970. La ville est fracturée par le chaos, les bombes explosent, les postes de contrôles sont partout et une partie de la jeunesse s'ennuie profondément. 
Dans ce décor gris et tendu débarque Terri Hooley, disquaire idéaliste un peu dingue et amoureux absolu de musique. Là où d’autres choisissent la résignation, lui ouvre un magasin de disques baptisé Good Vibrations. Le film suit son itinéraire, celui d’un type sans argent, mais avec une foi inébranlable dans le rock’n’roll. Terri Hooley ne cherche pas à faire fortune, il veut faire circuler des idées, de l’énergie et passer des disques dans ce magasin qui devient très vite un refuge, comme SEX à Londres et le CBGB's à New York, pour ne citer que ces deux-là. Un point de ralliement pour des gosses que la réalité ennuie, ou bien effraie, une jeunesse nord irlandaise qui ne se reconnaît ni dans les discours politiques ni dans la violence ambiante.

C’est là qu'apparaissent les premiers groupes punks, une bouffée d'oxygène comme partout ailleurs... peut-être même plus qu'ailleurs. 
Hooley découvre Rudi et The Outcasts sur scène le même soir, et c'est une révélation pour lui, au point que Good Vibrations devient un label qui sort leurs premiers singles. C'est ensuite au tour du mythique Teenage Kicks des Undertones de rejoindre la toute fraîche écurie de Hooley et John Peel a un tel coup de cœur qu'il passe le titre deux fois le même soir, ce qui n'est jamais arrivé pour aucun groupe auparavant. Une chanson qui ne parle ni de religion ni de guerre, mais d’adolescence, de désir et d’ennui. Autrement dit, de vie normale, et dans le Belfast de l’époque, c'est presque radical d'avoir une vie normale.

La grande réussite du film est qu'il décrit les situations telles qu'elles sont, sans amplifier quoi que ce soit, les attentats, la pression sociale, les échecs personnels de Terri, on prend tout en pleine tête. Loin de romancer l'histoire, Good Vibrations présente le punk comme un kit de survie et comme langage commun dans une ville divisée. 

Au fond, ce que raconte le film est une vérité que nous connaissons tous aujourd'hui mais qu'il fallait avoir le courage de faire à l'époque: ouvrir un magasin, produire un 45 tours ou organiser un concert est un geste plus politique que n’importe quel slogan. C'était vrai aux USA, en Australie, en Angleterre, et c'était encore plus vrai en Irlande du Nord. Une chanson de trois minutes peut faire plus pour rassembler que des années de discours politiques.

Un film vibrant et essentiel pour découvrir cette facette de l'histoire du punk.

Fernand Naudin

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