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| Fromage fondu et bière tchèque |
The Pleasure Fuckers: Fried Cheese & Pivo
(Azyl Records CD 1992 - Bang Records LP 2021)
Il y a deux catégories de disques live officiels, ceux qui ne sont que des best-of sans intérêt et ceux qui vous retournent le cerveau, tels que Kick Out The Jams du MC5, No Sleep 'Till Hammersmith de Motörhead ou It's Alive des Ramones. Fried Cheese & Pivo appartient clairement à cette seconde catégorie, un témoignage unique enregistré à Prague en 1992 où The Pleasure Fuckers ne cherchent ni la perfection sonore ni la démonstration technique et jouent coûte que coûte, comme une troupe de choc déterminée à mener sa mission jusqu'au bout. D'ailleurs, dans le premier numéro du fanzine Dig It! sorti en octobre 1993, lorsque Gildas Cosperec évoque la tournée en Tchécoslovaquie comme une première pour le punk espagnol, Kike Turmix s'amuse de cette image: depuis qu'on est passé là-bas, le pays n'existe plus ! (et il a parfaitement raison).
Formés à la fin des années 80, les Huns du punk ibérique ont prouvé leur efficacité en studio grâce à quelques singles et un premier album (dont Kike Turmix déteste la production), mais c’est sur scène que le groupe devient vraiment furieux. Fried Cheese & Pivo le prouve dès les premières minutes, c'est volcanique, le tempo est élevé, le son est un peu crade, ça sonne comme une prise sur console qui n'a pas été retouchée (elle l'a pourtant été un petit peu), c'est brut et c'est punk. On sent un groupe rompu à l'exercice de la scène, capable d’enchaîner les morceaux sans sourciller, la setlist est composée principalement du single Snakebite, des titres du nouvel album Supper Star que les Pleasure Fuckers soutiennent sur cette tournée, et de reprises bien senties: What Love Is des Dead Boys et Sometimes Good Guys Don't Wear White des Standells (précédé d'un 'Fuck Guns N'Roses ! Punk-rock is still alive, Johnny Thunders is still alive... and Stiv Bators !') et un final incendiaire de titres des Trashmen, Rivieras et Stooges enchainés avec fièvre.
C'est un album rugueux qu'on tient là, avec ses imperfections, amplis en surchauffe, wah-wah vicieuse qui surgie quand on ne s'y attend pas et petites erreurs humaines qui font toute la différence avec un live trop retouché. C’est un témoignage précieux de la scène punk européenne du début des années 90, à un moment où l’Europe de l'Est s’ouvre, où les tournées deviennent possibles, et où l’énergie circule désormais librement.
La disparition de Kike Turmix donne évidemment une dimension supplémentaire à ce disque. Sans tomber dans le fétichisme posthume et morbide, il est difficile de ne pas y entendre un frontman unique, totalement possédé par sa musique et qui emporte tout le public avec lui.
Qui a un jour assisté à un concert du combo de Madrid a maintenant une idée à peu près claire de ce à quoi pourrait bien un jour ressembler l’apocalypse.
Fernand Naudin




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