Pete Shelley a été guitariste puis guitariste chanteur de Buzzcocks. Excellent compositeur et parolier, il est décédé le 6 décembre 2018, chez lui, en Estonie. Il reste un des pionniers du punk anglais ayant créé l'embryon de Buzzcocks avec Howard Devoto en novembre 1975. Pour lui rendre hommage, plutôt que d'écrire une courte bio et faire dans le pathos, je préfère une chronique du premier enregistrement live du groupe, témoignage de la performance de Shelley et son gang sur scène.
Après avoir été invités à Manchester, le clan Sex Pistols renvoie l'ascenseur en proposant aux Buzzcocks de participer à la soirée Midnight Special au cinéma Screen On The Green d'Islington, dans la banlieue de Londres. S'il est vrai que dès le début, la concurrence est rude dans l'univers punk naissant, les relations entre Buzzcocks et Sex Pistols sont excellentes et le resteront toujours. Les mancuniens feront même la première partie des Pistols à Finsbury Park pour leur reformation de 1996.
Le 29 août 1976, Buzzcocks ouvrent donc pour les Sex Pistols avant The Clash dont ce sont les débuts puisque leur premier gig date de juillet. Dans le public se trouvent les premiers punks anglais, le Bromley Contingent dont Siouxsie, en tenue ultra provocante comme toujours à ce moment-là et un jeune garçon nommé Peter Lloyd (devenu Cindy Stern sur Facebook). Ex compagnon de la chanteuse Pauline Murray de Penetration, il immortalise la soirée en photos, ses clichés sont aujourd'hui disponibles dans le livre Anarchy In the Year Zero de Clinton Heylin.
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| Bootleg 2xCD |
Lorsque Buzzcocks monte sur scène, Howard Devoto présente le groupe de la façon la plus simple qui soit: hello, the lesser bit of London, we're the Buzzcocks and we're from Manchester. (salut, petit coin de Londres, nous sommes les Buzzcocks et venons de Manchester). Le concert débute par Breakdown, titre métronomique aux influences sixties new-yorkaises, comme du Velvet Underground joué à pleine vitesse. Suivent Friends Of Mine dans une version primitive pré-Spiral Scratch, Time's Up et Orgasm Addict puis une composition restée inédite, Peking Hooligan, inspirée d'un article de presse traitant de la délinquance juvénile en Chine. Le set se déroule parfaitement bien, Buzzcocks montrent de vraies capacités musicales, Pete Shelley est une véritable machine, trois accords, pas de solo, quelques rares parties lead comme il en avait le secret, juste de quoi faire hurler de colère tous les techniciens adeptes des 24 heures du manche. Punk, straight in your face ! Lester Sands, Oh Shit!, You Tear Me Up, les débuts de Buzzcocks sont là, on les retrouve, pour la plupart sur Time's Up et quelques autres enregistrements live de 1976. Au total, c'est un set de 11 titres qui s'achève sur I Love You, You Big Dummy/Don't Mess Around et une cacophonie fort bien orchestrée ou Shelley fait hurler sa guitare. Malgré la performance et l'inovation, les quelques journalistes présents font preuve d'un certain mépris à l'égard du groupe de Manchester.
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| Sounds 11.09.76 |
Probablement gonflés d'orgueil parce qu'il écrit dans Sounds et qu'il habite Londres, Giovanni Dadomo qualifie Buzzcocks de 'quartet ennuyeux et sans imagination, plus rugueux que le cul d'un ours'. Dans le NME, Charles Shaar Murray va plus loin dans le mépris, il écrit être arrivé après leur concert pour assister à celui de Clash et des Pistols. Cette presse londonienne qui fera ensuite des éloges du groupe de Shelley parce qu'elle n'aura pas le choix...
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| Photo Cindy Stern |
Trois semaines après, Buzzcocks reviennent à Londres, ils sont de nouveau invités par les Pistols et leur manager pour participer à la seconde soirée Punk Special. Le set est un peu plus court mais ils restent déterminés à montrer aux londoniens qu'ils sont aussi bons que les Damned et les Vibrators qui partagent l'affiche avec eux ce soir-là et sans doute veulent-ils également clouer le bec des mauvaises langues de Sounds et du NME. La suite, on la connait, Buzzcocks devient un des groupes majeurs de la vague punk anglaise grâce au talent de Pete Shelley qui prend le lead après le départ de Devoto. Shelley qui avait commencé à jouer de la guitare dans sa chambre d'adolescent, lorsqu'il habitait chez sa mère au début des années 70. C'est lui, avec Devoto, qui a construit les bases de Buzzcocks. Il reste un des meilleurs songwriters de l'époque punk anglaise de 1976-77.
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| Photographe inconnu |
Fernand Naudin
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