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FLASHBACK - JUILLET 1976 : LES PREMIERS CONCERTS DE CLASH ET DAMNED


Le 4 juillet 1976,
The Clash font leurs débuts sur scène en première partie des Sex Pistols. Deux jours après, ce sont les Damned qui ouvrent pour le gang de Rotten. 

Flashback

La première fois que The Clash se produit en public, c'est dans un pub de Guildford, au mois de juin 76. Seulement, à peine le set est-il commencé qu’une bagarre éclate dans la rue, interrompant le concert un instant. Le groupe se trouve ensuite à jouer devant un seul homme resté au comptoir pendant que les autres clients se battent avec des militaires à l'extérieur. Ambiance...

Depuis, The Clash considère que son premier véritable concert est celui du 4 juillet 
au pub the Black Swan de Sheffield, en première partie des Sex Pistols.

Paul Simonon: Ouais, eh bien, on en avait déjà donné un avant (Sheffield), à Guildford. On y est allés en camionnette, on a installé le matos et notre manager, Bernie Rhodes, était avec nous. On a commencé à jouer, puis une énorme bagarre a éclaté parce que c’était une ville militaire. Du coup, tout le monde est sorti et s’est battu et on a joué devant personne, à part un type au bar. À la fin du concert, la police était partout dehors à cause de la bagarre avec les militaires. Notre manager s’est approché du type, au bar, et lui a demandé : 'Alors, qu’est-ce que tu penses du groupe ?'. Le type a levé les yeux et a répondu : 'Quel groupe ?'. On venait pourtant de finir le concert. Mais notre premier vrai concert, c’était avec les Sex Pistols à Sheffield.
(interview de novembre 2025 pour Radio Free Pimlico)

Dans The Clash: Strummer, Jones, Simonon, Headon, il se souvient:

C’était la première fois que je jouais sur scène. La veille, j’avais eu peur, mais une fois en route, j’ai commencé à faire le pitre. J’ai attaché l’une des chaussures de Keith (Levene, le second guitariste) à un bout de ficelle et je l’ai suspendue à l’arrière du van.
La soirée a mal tourné et Mick a dû venir accorder ma basse, mais ça ne me dérangeait pas. Je voulais juste sauter partout, mais Mick tenait à ce qu'elle soit accordée.
 

Il n'existe pas d'archive de ce concert au Black Swan à part le flyer ci-dessus et les souvenirs des membres de Clash et de quelques internautes. Paul Simonon se rappelle avoir raté l’intro du morceau Listen à cause du trac, ce qui a provoqué un moment de panique sur scène. Sur un forum consacré à Sheffield, j'ai pu lire les souvenirs assez vague d'un spectateur qui affirme que le groupe a également joué Pressure Drop et que la soirée était assez chaotique malgré le peu de personnes présentes. Les gens sifflaient et criaient après les groupes. Comme souvent, certains aimaient le concert et d'autres détestaient, et comme dans toutes ces histoires de débuts de carrières, aujourd'hui beaucoup affirment avoir été là: 

Il n'y avait probablement qu'une poignée de personnes présentes, même si certains témoins oculaires ont fait état d'une foule importante dans cette salle étouffante, en pleine canicule de l'été 1976. (Sheffield Star, 4 juillet 2016)

The Clash en répétition avec le batteur Paul Buck et le guitariste Keith Levene. Photo DR

Il y a quelques années, Mick Jones accordait une interview pour le site Louder Than War et revenait sur le concert de Sheffield. 

On est montés à l'arrière d'un camion de déménagement, avec le matos empilé à côté de nous. On était tous assis à l'arrière. Il y avait un hayon à l'arrière, ouvert comme sur un vieux camion militaire. C'était assez flippant ! Le concert avait lieu dans l'arrière-salle d'un pub. On était habillés en noir et blanc. Certains d’entre nous portaient des cravates. Des chemises noires et blanches avec des costumes. C’était un style punk. Pas de beaux costumes, un peu déchirés, moulants, légèrement différents… Peut-être une petite déchirure par-ci, une touche de couleur par-là, quelques broches, pas d'épingles de sûreté. Le look était encore en train de se définir. Il y avait des coulures de peinture ici et là. Je suppose que c’était notre premier look. Glen (Matlock, des Sex Pistols) y a aussi contribué, car il avait un pantalon taché de peinture, à la manière de Pollock. Il a donc droit à une part du mérite. Le style, lui, venait naturellement de Paul. On était tous passionnés par le style, surtout Paul et moi. Joe un peu moins, mais on s'encourageait toujours mutuellement.

Dingwalls, 5 juillet. Photo Danny Fields

Le lendemain, The Clash accompagnés des Sex Pistols et des Damned se rendent au club Dingwalls pour voir les Ramones. L'histoire raconte qu'une bagarre a lieu sur le parking de la salle entre Paul Simonon de Clash et J.J. Burnel, le bassiste des Stranglers.

Après leur gig au Black Swan, The Clash s'enferment dans leur local de répétition pendant plusieurs semaines. Leur manager, Bernie Rhodes, insiste pour qu'ils ne remontent pas sur scène avant d’avoir atteint un meilleur niveau car de l'aveu de chacun, ce premier concert à Sheffield n'était pas bon du tout. Ils répètent donc intensément jusqu'au 13 août où ils donnent leur second concert dans leur local de Camden, le Rehearsal Rehearsals.

Ce show est privé, seuls quelques amis et des journalistes sont invités et certaines personnalités du milieu musical comme le critique de Sounds, Giovanni Dadamo, sont impressionnées. Il décrit le groupe comme 'un train fou… si puissant qu’il s’agit du premier groupe qui fera trembler les Sex Pistols'. Giovanni Dadamo, comme d'autres journalistes avant lui, crée ainsi un climat de compétition dans la grande tradition des rock critiques britanniques qui opposaient déjà Stones et Beatles dans les 60's. Cependant, l'enregistrement du concert au Screen On The Green du 29 août montre que, malgré de bonnes capacités, The Clash a encore un peu de travail pour 'faire trembler les Sex Pistols'. Cela ne l'empêche pas de continuer à progresser au fil des semaines et d'assurer un très bon set au Punk Special du 20 septembre.

Sex Pistols live en mai 76. Photo Cindy Stern.

Après les débuts de Clash, c'est au tour des Damned de faire leur premier concert, le 6 juillet au 100 Club de Londres. Eux aussi jouent en première partie des Sex Pistols qui connaissent bien l'endroit pour y jouer régulièrement depuis plusieurs mois.

Le set complet des Damned est désormais officiel grâce à un spectateur, Dave Rippingale, qui était présent avec son magnétophone pour immortaliser la soirée. Les Damned sont à la hauteur, ils jouent vite et bien pour des 'débutants' mais n'oublions pas qu'ils ont déjà une solide expérience de groupe pour la plupart, ayant joué dans Bastard, London SS, Rot et Masters Of The Backside. Côté Pistols, la bande audio que je possède a beaucoup souffert mais les cinq derniers titres sonnent suffisamment bien pour se faire une idée de leur niveau et sans surprise, ils assurent et ont encore évolué depuis le concert à Manchester un mois plus tôt. De façon générale, les enregistrements live réalisés entre juillet et septembre montrent que chaque groupe a progressé de façon assez rapide en trois mois mais les Damned créent la surprise ce 6 juillet tellement ils sont bons.

Cassette originale de Dave Rippingale

Dave Rippingale a accepté de me livrer ses souvenirs, des anecdotes et son point de vue sur l'époque. Je l'en remercie.

Avais-tu déjà entendu parler des Sex Pistols et du punk à l’époque ?

Oui, j’avais vu les Pistols la semaine précédente, j’étais fan des Stooges et des MC5 et j’avais lu une critique d’un concert des Pistols datant du début de l’année qui mentionnait qu’ils avaient repris une chanson des Stooges. Le terme 'punk' n’était pas encore utilisé à l’époque

Quel genre de public y avait-il ? Y avait-il déjà des punks ?

La première fois que je les ai vus jouer, il n’y avait pas plus d’une centaine de personnes, c’était surtout des gens comme moi, des jeunes aux cheveux longs, en jean's. Johnny nous insultait en nous traitant de vieux hippies ou en nous disant d’aller nous faire couper les cheveux. Puis, petit à petit, au cours de l’été, le public s’est agrandi et les gens ont commencé à porter des blousons en cuir, à se faire couper les cheveux et à porter des vêtements déchirés. Je ne me souviens pas avoir vu le Bromley Contingent avant le concert au Screen on the Green, fin août.

Qu’as-tu pensé du concert des Damned ?

Je l’ai trouvé vraiment bon: ils jouaient vite et fort, et interprétaient bien leurs morceaux. À l’époque, ils étaient musicalement bien meilleurs que les Sex Pistols. J’ai aussi adoré qu’ils jouent I Feel Alright des Stooges (1970), ma chanson préférée de l’album Fun House.

Ils reprenaient des morceaux des Beatles et des Who. Tu aimais ce genre de groupes ?

Comme je l’ai dit, j’écoutais surtout les groupes de Détroit, ainsi que Patti Smith, les Doors et Roxy Music. J’ai grandi dans les années 1960 et j’adorais les Beatles, les Who, les Kinks, etc., mais en 1976, la scène musicale en Angleterre était plutôt morne: je n’aimais pas le rock progressif et le glam rock avait fait son temps. Je me souviens avoir souhaité qu’il y ait de jeunes groupes passionnants à voir, et donc quand j’ai vu les Sex Pistols pour la première fois, j’ai été conquis et j’ai eu la chance de les voir quatre ou cinq fois avant qu’ils ne deviennent célèbres. J’ai aussi vu les Damned jouer plusieurs fois cet été là (ainsi que les Clash et les Buzzcocks), une fois au 100 Club et ailleurs, je ne m’en souviens plus. Ils étaient très enthousiasmants et j’adorais toutes leurs chansons, Rat jouait de la batterie de manière fantastique et Brian James était un guitariste incroyablement cool.

Et les Sex Pistols t'ont plu parce qu'ils changeaient des groupes habituels?

Ces premiers concerts étaient très sympas et j’ai beaucoup ri des pitreries de Johnny. Je n’avais jamais vu un artiste comme lui: il avait l’air débraillé, comme s’il avait passé une semaine à dormir dans une camionnette, il faisait des grimaces, imitait une baleine à bosse, etc., et ses plaisanteries entre les chansons étaient souvent hilarantes. J’adorais Matlock aussi: il dansait, faisait les chœurs et contrebalançait bien Rotten. C’est vraiment dommage qu’il ait quitté le groupe.

LP officiel maquillé en bootleg
Ils reprenaient aussi des morceaux des Who, des Stooges, etc. Étaient-ils bons ?

Au début, musicalement, ils n’étaient pas géniaux: Steve Jones en était encore pratiquement à ses débuts à la guitare, mais il s’est amélioré concert après concert, et chaque fois que je les voyais, ils étaient bien meilleurs que la fois d’avant. Comme je l’ai dit, Matlock tenait le groupe à flot et Cook était un bon batteur. J’ai toujours préféré leurs propres chansons aux reprises, à l’exception de Whatcha gonna do about it?.

As-tu rencontré les groupes avant ou après le concert ?

J’ai eu une brève discussion avec Rat après le premier concert, je lui ai juste dit à quel point j’avais apprécié leur set, il était très sympathique.

Y a-t-il autre chose que tu aimerais dire à propos de cette soirée ?

Je crois que c’était le premier concert où deux groupes punk jouaient sur la même affiche, je me sens incroyablement chanceux d’avoir été là et de l’avoir enregistré.

Dave Vanian aux débuts des Damned. Ph. Cindy Stern.

Trente ans plus tard, j’ai vendu la cassette des Damned à Sanctuary, ce qui s’est fait par pur hasard. Je me trouvais dans leurs bureaux, car Sanctuary s’apprêtait à sortir une rétrospective de mon groupe (I, Ludicrous, allez jeter un œil à notre musique), lorsque Steve (je ne me souviens plus de son nom de famille) a mentionné qu’il s’apprêtait à sortir un double CD pour le 30e anniversaire de Damned Damned Damned. Quand je lui ai dit que j’avais une cassette de leur premier concert, ses yeux se sont illuminés et il m’a demandé s’il pouvait l’écouter. J’ai appris par la suite que Rat voulait l’ajouter comme troisième CD, et c’est ainsi que cela s’est fait.

Merci Dave !

Fernand Naudin

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