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DESTROY ALL MONSTERS / DARK CARNIVAL

 


Destroy All Monsters se forme en 1973 autours d'étudiants en art de l'université d'Ann Arbor, Michigan: Niagara (née Lynn Rovner, chant), son petit ami de l'époque, Cary Loren (guitare), Mike Kelley (chant, percussions, batterie) et Jim Shaw (guitare). À ce moment-là, c'est un collectif expérimental loin du groupe de rock qu'on connaîtra ensuite. Il est régulièrement rejoint par des musiciens de passage et évolue dans un registre noise assez avant-gardiste marqué par le chant volontairement monotone de Niagara. Le nom Destroy All Monsters est emprunté à un film japonais de 1968 et les performances scéniques mélangent art visuel psychédélique et projections de films underground. Niagara apparaît parfois avec un jeune python autours du coup.

Destroy All Monsters mag. #1
En 1976, Mike Kelley et Jim Shaw quittent le groupe pour se consacrer pleinement à l'art, peinture, sculpture, montages divers à partir de collages, etc. Kelley réalise des figurines et des poupées, parfois étranges, dont celle de la pochette de l'album Dirty de Sonic Youth. De leur côté, Niagara et Loren lancent le Destroy All Monsters magazine, un fanzine de publications artistiques avec photos retouchées, affiches de concerts, dessins de Niagara et montages divers. Un fac similé est fourni avec le coffret Destroy All Monsters, sorti chez Munster en 2014, dans lequel se trouvent également les premiers enregistrements du groupe sous le titre Early Warning. Le départ de Kelly et Shaw marque la fin de la première période du groupe.

En 1977, Niagara et Cary Loren reforment Destroy All Monsters avec différents musiciens locaux avant d'engager définitivement les anciens membres des Stooges et du MC5, Ron Asheton (guitare) et Michael Davis (basse) ainsi que Rob King à la batterie, fils d'un musicien de Detroit et connaissance de Ron Asheton.

Ce nouveau line-up donne une orientation totalement différente à Destroy All Monsters, un style plus garage punk / hard rock qui va lui permettre de partager l'affiche avec des groupes punks et assimilés. 

En 1978, Cary Loren quitte le groupe suite à sa séparation avec Niagara qui lui préfère Ron Asheton. Le 9 février sort le premier single Bored/You’re Gonna Die sur le label IDBI pour les USA et Cherry Red Records pour le Royaume-Uni. IDBI est créé par Destroy All Monsters pour sortir ses propres disques aux États-Unis uniquement. 

Le simple est très bien accueilli par la presse anglaise et figure dans la playlist de Sounds. Le magazine ZIG ZAG interview Destroy All Monsters dans son numéro 83 d'avril/mai 1978. On y apprend que le premier single a été enregistré en une journée le 30 octobre 1977, qu'il s'est vendu à 7000 copies aux USA depuis sa sortie en février et 5000 en Angleterre. Il y est également question de l'enregistrement d'un second simple en juin 1978 qui verra le jour l'année suivante.

Dans son numéro de juillet 1979, Sounds l'annonce en ces termes: DESTROY ALL MONSTERS, le groupe culte de Detroit, sort un nouveau single ce week-end chez Cherry Red Records. Intitulé 'Meet The Creeper / November 22 1963', ce single fait suite à leur premier titre 'Bored', sorti en janvier dernier. Le groupe, qui compte parmi ses membres l'ancien Stooge Ron Asheton et la chanteuse à la voix exotique Niagara, prévoit une tournée britannique en septembre.

De son côté, le New Musical Express écrit, dans un numéro de l'été 1979: le groupe Destroy All Monsters, originaire de Détroit et qui s'apprête à tourner au Royaume-Uni en septembre, sort son deuxième single, un double face A intitulé 'Meet The Creeper' et 'November 22, 1963', sur le label Cherry Red ce vendredi. Le second titre fait référence à l'assassinat des Kennedy.

SOUNDS, encore: Cheltenham s'est dotée d'une nouvelle salle de concert, le Live Music Centre, qui ouvrira ses portes ce samedi 29 avec Destroy All Monsters en tête d'affiche.

Destroy All Monsters effectue une vingtaine de dates à travers l'Angleterre, du 25 septembre au 18 octobre 1979. Les deux singles font le bonheur des fans des Stooges, Ron Asheton se laisse totalement aller et renoue avec la guitare qu'il avait laissé de côté lorsqu'il était devenu bassiste d'Iggy & The Stooges. La présence du saxophoniste Ben Miller rappelle forcément les Stooges de l'époque Fun House et Michael Davis joue également un rôle important, ses parties de basse, surtout en concert, apporte un côté rhythm n'blues à l'ensemble qui, associé au chant très particulier de Niagara, fait de Destroy All Monsters un groupe à part.

Toujours en 1979, D.A.M. enregistrent de nouveaux titres aux Stix & Lycs studios de Detroit. Le single qui en sort, What Do I Get?/Nobody Knows, est vendu dans une pochette faite par Niagara, comme les disques précédents.

Aux USA, comme en Angleterre, Destroy All Monsters est un groupe culte. Sans être un gros vendeur de disques, son statut lui permet de partager l'affiche avec Dead Boys, Ramones, Devo et Sonic's Rendezvous Band, pour ne citer qu'eux. Après les trois singles, Destroy All Monsters ne retourne pas en studio mais effectue des concerts dans la région de Detroit, il joue régulièrement au Second Chance d'Ann Arbor et dans d'autres clubs de la région avant de se séparer en 1985. 

En 1987, Revenge Records sort un split LP avec Sonics Rendezvous Band sur lequel on retrouve les deux premiers singles de DAM, suivi en 1989, d'une compilation des trois simples accompagnés de deux inédits (à l'époque), Jesus Is A Shotgun et la reprise de Nancy Sinatra, These Boots Are Made For Walking (ces titres sont réédités par Munster en 2014 dans le coffret de trois LPs Destroy All Monsters). De son côté, Fan Club, la division de New Rose, sort un album live sans aucune précision sur les dates et lieux d'enregistrements, mais les titres permettent d'identifier la période Asheton/Davis. Sans être exceptionnel, le son n'est pas mauvais et permet de se faire une idée de la puissance du groupe sur scène. La basse de Michael Davis est un vrai bonheur pour les oreilles.

En 1995, le line-up original se reforme. Des extraits de concerts sont disponibles dans le coffret de 3 LPS sorti chez Munster en 2014 (l'album Early Warning). Juste avant ce come-back, en 1994, le label de Thurston Moore, Ecstatic Peace, sort un coffret de 3 CD regroupant des enregistrements de 1974 à 1976, soit la première période de Destroy All Monsters, celle qui a influencé les groupes de la scène noise expérimentale américaine, dont Sonic Youth et qui est assez éloignée musicalement de ce qui s'est fait avec Ron Asheton et Michael Davis. Suivront plusieurs albums qui ne concernent que ce line-up et son style décalé.

Après la séparation de Destroy All Monsters en 1985, Niagara rejoint le groupe à géométrie variable Dark Carnival, fondé par son futur mari, le Colonel Galaxy. Les frères Asheton, Cheetah Chrome, Jim Caroll et quelques autres figures emblématiques du rock garage/punk US font également partie de cette nouvelle formation, certains temporairement, Ron Asheton à temps complet. Des concerts sont enregistrés et deux sortent chez Revenge, grâce aux excellentes relations entre Ron Asheton et Bernard Masanès, le boss du label. Welcome To Show Business, enregistré à Cleveland le 29 juin 1990, est un concert de soutien à la famille de Stiv Bators auquel participe Cheetah Chrome. Le son est brut et le set, composé de reprises des Ramrods, Stooges et Dead Boys, est un vrai régal. L'autre album, intitulé Greatest Show In Detroit est non identifié mais reste également un très bon live.

En 1997, sort 
The Last Great Ride, dernière collaboration de Ron Asheton et Niagara, un album dans la lignée de Fun House des Stooges. La voix de Niagara est posée, elle s'accorde parfaitement avec les magnifiques parties de guitares, 'cette voix' décrite par Deniz Tek sur son site internet (il faut écouter Memories Are For Losers pour savoir de quoi il s'agit).

Destroy All Monsters et Dark Carnival n'ont jamais été des machines à tubes et encore moins de gros vendeurs de disques, mais ils restent cultes, leurs performances live et albums studio sont efficaces et c'est finalement tout ce qu'on demande à un groupe de rock, n'est-ce pas? 

Fernand Naudin

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