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SLAUGHTER AND THE DOGS - THE EARLY DAYS


1974, Wythenshawe, banlieue sud de Manchester. Deux copains d'école, Wayne Barrett et Michael Rossi, décident de former un groupe glam rock dans la veine de leurs idoles, David Bowie, Mick Ronson, T-Rex, etc. Wayne Barrett trouve d'abord le nom Wayne Barrett and The Mime Troupe avant de devenir Slaughter And The Dogs, en 1975, contraction des titres d'albums Slaughter On 10th Avenue de Mick Ronson et Diamond Dogs de David Bowie.

Mick Rossi: j'étais à fond dans Bowie et surtout son guitariste Mick Ronson. J'étais très jeune, je devais avoir quatorze ans, quand j'ai décampé de l'école pour aller le voir jouer à Sheffield avec un pote. Il faisait la tournée de son album solo, Slaughter On Tenth Avenue.(*)

Kevin Cummins (photographe musical): je pense que Bowie et Roxy Music ont vraiment défini Manchester à l'époque. C'est grâce à eux que les groupes d'ici ont toujours un style et un caractère particuliers. Bowie est devenu tellement énorme à Manchester qu'il a influencé toutes sortes de groupes, de Ian Curtis (Joy Division) à Slaughter & The Dogs. (*)

Durant l'année 75, Slaughter & The Dogs se fait la main dans des pubs et des petites salles de Wythenshawe. 

Johnny Marr (The Smiths): à cette époque, Wythenshawe était rempli de gosses de dix sept ans qui jouaient dans des groupes comme Wild Ram ou Slaughter & The Dogs. Il fallait pas mal de cran pour faire ça avant l'arrivée du punk. Il faut leur accorder une chose (...) ces types ont assemblé les pièces du puzzle tout seuls (...) ces gamins ont fait leur truc eux-mêmes, ils voulaient former des groupes qui ne sonnaient pas comme Deep Purple. Ils ont fait bien plus que ce qu'on veut bien leur allouer. (*)

En 1976, le groupe tourne essentiellement sur la région de Manchester et se fait remarquer par ses tenues à mi-chemin entre le Bowie de la pochette de The Man Who Sold The World et les New York Dolls, autre influence de Slaughter & The Dogs.

Mick Rossi: il y avait aussi les Dolls et Iggy mais pour être honnête, je m'y suis mis plus tard. J'étais un gars de Wytheshawe, un coin assez isolé. Je n'étais pas vraiment exposé à ces trucs. (*) 

Tony Wilson: le 15 mai, j'ai reçu un coup de téléphone de Martin Hannett (ingénieur du son et producteur, il travaillera plus tard avec Joy Division). J'avais entendu parlé de lui mais je ne l'avais jamais rencontré. Il m'a dit qu'un groupe nommé Slaughter & The Dogs donnait un concert au Garage de Stockport. J'ai été très enthousiasmé par ce groupe de racailles venues de Wythenshawe qui portaient toutes des robes. (*)

Peu à peu, le groupe voit sa popularité grandir, au point que le 20 juillet, Slaughter & The Dogs participe au concert du Lesser Free Trade Hall avec Buzzcocks et Sex Pistols, un évènement qui lui permet de se faire connaître jusqu'à Londres où il jouera ensuite au Roxy, entre autres salles punks.

Mick Rossi: Tony (Wilson) est venu nous voir jouer avec Martin Hannett avant le concert des Pistols. On jouait en premier. On voulait faire du street glam.(*)

Howard Devoto (Buzzcocks): il y a eu plus de monde au deuxième concert, peut-être grâce à Slaughter & the Dogs. On aurait dit que la moitié de la salle était venue pour eux et que l'autre était là pour les Pistols. 
On voulait un groupe qui collait plus avec ce qu'on faisait, pas comme Solstice. Même s'ils étaient fans de Bowie et qu'on était pas très proche d'eux, Slaughter & The Dogs avait l'air de faire l'affaire. (*)

Marc Riley (The Fall): c'est pour voir Slaughter & The Dogs qu'on était allé au Free Trade Hall (...) Slaughter était vraiment un groupe à voir sur scène (...) le punk n'existait pas et la salle était remplie de fans de Slaughter et de curieux venus voir les Pistols. (*)

Ce concert avec les Pistols va tout changer pour Slaughter & The Dogs

Wayne Barrett: Nous n'avions jamais vu les Sex Pistols en concert avant de partager l'affiche avec eux au Lesser Free Trade Hall, devenu depuis mythique. Ce fut une véritable révélation pour moi en tant qu'artiste: je n'avais jamais rien vu d'aussi brut et authentique. Après le concert, j'ai demandé à Martin Hannett :'Que pensez-vous des Sex Pistols ?' Il m'a répondu :'C'est vous, 24 h/24 et 7 j/7, tous les jours. Le punk est déjà en vous et en Michael 'Mick' (Rossi). Il vous suffit de laisser tomber cette image glamour et d'être vous-mêmes.' Ce que nous avons fait. (+)

Fanzine Ghast Up
Tony Wilson, toujours à l'affût de nouveaux groupes, programme les Pistols, Buzzcocks et Slaughter & The Dogs à la télé: la première saison de So It Goes était vraiment merdique. Sauf la dernière émission où on a passé les Pistols (...) la deuxième a été fantastique. J'ai programmé les Buzzcocks et Slaughter & The Dogs sur What's On, entre l'automne 1976 et le printemps 1977. (*)

En 1977, Martin Hannett, Tosh Ryan et Lawrence Beadle créent le label Rabid Records après avoir plus ou moins collaboré avec un collectif nommé Music Force et créé un studio d'enregistrement. 

Porté par la publicité faite par le concert au Lesser Free Trade Hall, Rob Gretton, manager de Slaughter & the Dogs à ce moment-là, trouve quelques dates à Londres. 

Mick Rossi: on a fait le Roxy et le Vortex, et on commençait à s'intégrer au circuit punk de la ville. On a aussi joué au Marquee, un concert génial. On avait fait l'aller-retour dans un Transit où on se les gelait au milieu de notre matériel. On avait notre petit public là-bas. Tout le monde essayait de signer un groupe punk. On nous voit aussi dans Punk Rock Movie de Don Letts. (*)

Au printemps, Slaughter & The Dogs enregistre son premier single, Cranked Up Really High qui sort sur Rabid Records. Rob Gretton (qui ira manager Joy Division par la suite) finance l'enregistrement. Gretton croit vraiment en eux au point de sortir un fanzine, Manchester Rains, qui leur est entièrement consacré mais ne dépassera malheureusement pas le premier numéro. 

Mick Rossi: on a sorti Cranked Up Really High en juin. Martin Hannett a fait un super boulot de production. On a enregistré les parties vocales de Wayne dans la cuisine. On faisait les choses avec naïveté et ça les rendait géniales. L'enregistrement est allé très vite. On ne savait absolument pas comment s'y prendre. Ce qui est super quand on n'a pas d'expérience c'est qu'on écoute son instinct (...) c'est Wayne qui a écrit les paroles - je les trouve super. C'est évidemment une référence à la cocaïne - peut-être un fantasme aussi. (*)

Le single connait un succès certain, sans être un gros hit, et il permet au groupe de se faire remarquer et signer par Decca qui sort Where Have All The Boot Boys Gone, hymne punk extraordinaire, comme le premier single. Suivent deux autres simples, Dame To Blame, en 1977 puis Quick Joey Small, l'année suivante, sur lequel joue Mick Ronson.

Malheureusement, des tensions au sein du groupe et le désintérêt de Decca pour la promo entraînent peu à peu Slaughter & The Dogs vers sa chute. L'album Do It Dog Style sort en juillet 1978, il est précédé de quelques jours par la séparation du groupe. 

Mick Rossi : Nos egos prenaient de l'ampleur… Wayne avait rencontré une française. Il est rentré à Londres et il a disparu. Un matin, je me suis réveillé et il n'était plus là. Wayne et moi étions en compétition. On était tous les deux coupables. La naïveté a joué un rôle important dans notre rupture. (+)

Plus tard, Rabid Records sort un LP live posthume enregistré le 9 juillet 78 au Bellevue de Manchester où sont passés nombre de groupes punks de l'époque dont The Clash et Siouxsie & The Banshees. Intitulé Live Slaughter Rabid Dogs, il a l'allure d'un bootleg et témoigne de l'efficacité du groupe sur scène. Autre document intéressant, la compilation live The Roxy London WC2 (Jan Apr 77) qui réunit donc Slaughter & The DogsEater, X-Ray Spex, Buzzcocks, etc. 

Après ce split, plusieurs reformations auront lieu, avec Billy Duffy (The Cult), Morrissey (The Smiths), Ed Banger (The Nosebleeds) puis viendra la sortie du deuxième album, Bite Back en 1980, mais l'essentiel est là, sur ces premiers singles et cet album, Do It Dog Style, des hymnes punk, des chansons simples, enregistrées parfois avec des moyens rudimentaires mais qui ont marqué l'histoire de la musique anglaise, fût-elle underground face aux Stones et aux Beatles.


Fernand Naudin

Sources:
(*) Manchester Music City de John Robb
(+) https://punk77.co.uk/

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