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RAMONES : HEY HO, LET'S GO ! 50 ANS ET TROIS ACCORDS


Il y a cinquante ans ce mois-ci sortait le premier album des légendaires Ramones. Retour sur l'histoire d'un disque culte.

Le groupe débute en 1974, effectuant plus de soixante dix concerts à New York jusqu'à la fin de l'année suivante. Il partage parfois la scène avec Blondie et les Heartbreakers et attire peu à peu l'attention de personnes de poids telles que Danny Fields, Craig Leon (producteur et dénicheur de nouveaux groupes) et son boss, Richard Gottehrer, patron de Sire records et associé de Seymour Stein.

Au cours de l'année 1975, les Ramones enregistrent une maquette au studio 914 de New York. Elle est produite par Tommy Ramone, leur batteur, associé à Marty Thau, l'ancien manager des New York Dolls, et contient cinq titres disponibles aujourd'hui sur un EP bootleg sobrement intitulé Demos 1975: I Don't Wanna Go Down To The Basement/53rd & 3rd/I Wanna Be Your Boyfriend/Judy Is A Punk/Loudmouth. En 1997, le label Norton sort un single avec I Wanna Be Your Boyfriend et Judy Is A Punk, également disponibles sur la version CD de l'album rééditée en 2001 par Rhino records.

Danny Fields utilise cette démo pour démarcher les maisons de disques mais c'est finalement Craig Leon qui va ouvrir la porte de Sire aux Ramones. Il a vu le groupe 
plusieurs fois sur scène au CBGB's et a complètement craqué. Son boss, Richard Gottehrer, lui fait confiance et accepte de rencontrer Danny Fields à qui il propose de sortir un single. Le groupe refuse, l'objectif étant de signer directement pour un album.

Fin 1975, Gottehrer passe la main à son associé Seymour Stein qui croit au potentiel des Ramones. Début 1976, il leur leur propose un contrat pour un album avec une avance de vingt mille dollars. La signature a lieu courant janvier dans le loft d'Arturo Vega, designer et ami du groupe, et le 29 les faux frères du Queens entrent aux Plaza Sound Studios de New York où ils enregistrent 14 titres en sept jours pour une durée totale de... 28 minutes et 52 secondes ! Ce premier album, produit par Craig Leon assisté de Tommy Ramone, coûte 6400 dollars, moins que le budget prévu car l'enregistrement n'a pas duré très longtemps. Les treize premiers titres respectent l'ordre de la setlist d'un concert donné au CBGB's (pourquoi se casser la tête?), Today Your Love, Tomorrow The World est ajouté pour compléter l'album. La pochette est réalisée à partir d'une photo de Roberta Bayley (Punk magazine) prise derrière le CBGB's et une autre d'Arturo Vega pour le verso.

Plaza Sound Studios. Ph. Danny Fields
Ramones sort le 23 avril 1976 aux USA, sur Sire, et quelques semaines après en France, chez Philips. Le disque et sa pochette surprennent. La musique prend le contre-pied de l'époque, exit les albums surproduits et les chansons de dix minutes bourrées de solo pénibles et d'effets inutiles, les faux 'crétins' jouent un rock basique sur trois accords et puisent leur inspiration dans les 60's. Ils reprennent le hit de Chris Montez, Let's Dance, en version punk et leurs chansons évoquent des situations pour le moins inattendues, souvent vécues, parfois drôles, parfois moins, avec des paroles tranchantes comme des lames de rasoir ('frappe le morveux avec la batte de base-ball', 'maintenant je veux sniffer de la colle', 't'as une grande gueule, tu devrais la fermer, je vais te frapper !'). Pour écrire Beat On The Brat, Joey Ramone s'est inspiré de son environnement: je vivais à Forest Hills,
en me promenant dans le quartier j'étais agacé par toutes ces femmes riches avec leurs enfants capricieux. D'où l'envie de cogner dessus avec une batte de base-ball. Rien de sérieux en fait, les Ramones prennent souvent les choses avec humour, sauf dans 53rd & 3rd, écrite par Dee Dee, qui évoque un quartier de New York connu pour sa prostitution adolescente (une chanson liée à sa propre expérience). 
Côté look, idem, le groupe annonce un changement: fini les chemises amples, les foulards dans le cou et les pantalons pattes d'éléphant, ici, on revient aux origines du rock n'roll en plus destroy: sneakers usées jusqu'à la corde, jeans troués au genou comme Iggy sur la photo intérieur de l'album Fun House et blouson de cuir, comme Marlon Brando dans L'équipée Sauvage, et comme les bad boys en général.

À sa sortie, si certains rock critiques font l'éloge de ce premier album, d'autres en revanche ne sont pas tendres. Dans Rock & Folk, Philippe Manœuvre qualifie le groupe et l'album de 'degré zéro du rock, fût-il punk' et dans le numéro du 24 juillet 1976 du Melody Maker, Morrissey affirme que les Ramones sont 'des dégénérés sans talent'. Et ils en prendront pour leur grade des années durant, même avec les albums suivants (en 77, le journaliste Jean-Louis Dréau écrit que les Ramones ont '2 albums sur Sire records, soit trois faces et demi de trop'). Pourtant, ce premier opus est une vraie réussite, ses compos et la production sont parfaites et il remet les pendules du rock à l'heure en revenant à l'essentiel. Le rythme, les mélodies et une certaine sauvagerie donnent envie de danser et faire la fête plutôt que de se masturber le cerveau sur des accords de guitares complexes. Ont-ils inventé le punk? Je ne le pense pas et on s'en moque pas mal. Ils ont surtout inventé leur style et permis à certains musiciens en herbe de se décomplexer face à la scène de l'époque. Qui n'a pas appris à jouer de la guitare en écoutant Blitzkrieg Bop?

Rolling Stone, juillet 1976
En fait, comme les Sex Pistols en Angleterre, ils ont donné envie à d'autres de monter un groupe et de balayer tout ce qui avait été fait avant eux. Et l'impact de ce premier album est indiscutable, mais il faut être juste, les groupes de Londres et Manchester avaient déjà mis la machine en route avant la sortie de Ramones. Buzzcocks, Sex Pistols et autres Damned existaient avant que l'album arrive dans les bacs des disquaires anglais. Cependant, son importance sur la jeunesse punk britannique est indéniable. En 1977, Sid Vicious apprend à jouer de la basse en écoutant le disque et devient fan hardcore de Dee Dee au point de jouer avec la même Fender Precision. The Clash accélère son punk-rock après avoir découvert les Ramones en 1976, et Sham 69 essaie d'adapter le style de ce premier LP à ses propres compositions. 

Cinquante ans après sa sortie, l'héritage de cet album est donc indiscutable. Son influence sur le monde du rock est immense, des Nomads en Suède aux Cosmic Psychos en Australie, il a inspiré des générations de groupes et reste un disque culte. 

Fernand Naudin

Commentaires

Anonyme a dit…
HEY HO !
LET'S GO !
Anonyme a dit…
Manu

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