Accéder au contenu principal

FLASHBACK : THE CLASH, UN ALBUM RATÉ ?

  
Cette année, magazines et podcasts tentent de célébrer comme ils le peuvent les cinquante ans du punk. On a droit à toutes les absurdités et tous les clichés, les mêmes qu'il y a cinquante ans, c'est dire le peu d'efforts de recherche fourni depuis... 
Au milieu de toutes les idioties que j'ai pu entendre ces dernières semaines, il y a cette archive audio de feu Jacno des Stinky Toys qui considérait que le premier album de Clash est raté. Ce n'est pas la première fois que j'entends ça et comme on fête les années punk, j'ai eu envie de revenir sur l'histoire de ce disque qui, à mon sens, fait partie des meilleurs de ce qui s'est fait en Angleterre à l'époque. En toute subjectivité.


Le 27 janvier 1977, The Clash et leur manager Bernie Rhodes signent un contrat avec la branche anglaise de CBS pour 100.000 livres sterling. L'annonce contrarie beaucoup Mark Perry, le créateur du fanzine Sniffin' Glue, qui a organisé l'enregistrement d'un EP avec le label Step Forward pour le groupe de Joe Strummer. Trois titres sont prévus: 1977, White Riot et Career Opportunities. Seulement Bernie Rhodes ne voit pas les choses ainsi. Il veut que le groupe cartonne et une signature avec CBS lui assure un meilleur avenir que Step Forward. De plus, au moment des négociations, les Sex Pistols, groupe managé par son frère ennemi Malcolm McLaren, sont encore chez EMI. La compétition est rude. 
Ulcéré, Mark Perry déclare ensuite à la presse que le punk est mort le jour où The Clash a signé avec CBS. Sa colère passe assez vite et le groupe de Strummer fait plusieurs fois la une de son fanzine.

The Clash entre au Studio 3 de CBS début février pour enregistrer White Riot et 1977, prévus pour un premier single. Le reste de l'album est mis en boîte en trois week-ends du 12 au 27 février. Si on veut être précis, tout débute le 10 février lorsque le groupe pose son matériel dans le studio. 

Malgré les tensions grandissantes entre Bernie Rhodes et Terry Chimes, c'est bien lui qui joue en studio, avant de céder sa place à Topper Headon, puis de revenir plusieurs années après. Au dos de la pochette, Rhodes le fait créditer sous le pseudo Tory Crimes (les crimes de Tory, le parti conservateur anglais). Ambiance...

Paul Simonon joue de la basse depuis la formation de Clash au printemps 76, il est le moins expérimenté de tous mais s'en sort très bien. Pourtant, il se dit que Mick Jones refait des prises de basse avant le mix définitif. Vrai ou faux, Simonon fait le job avant même d'entrer au studio 3, les démos du 28 janvier produites par Mickey Foote le prouvent, celles enregistrées pour Polydor en 1976 aussi. Car oui, avant de choisir CBS, Bernie Rhodes a négocié avec Polydor, comme McLaren. Et comme pour les Sex Pistols, Polydor a payé des heures de studio.   

Parmi les titres qui figurent sur l'album, deux sont ajoutés au dernier moment car CBS le trouve trop court. Garageland, une réponse ironique à Charles Chaar Murray, journaliste au NME, qui écrivait en 1976 que 'The Clash est le genre de groupe de garage qui devrait être renvoyé au garage immédiatement, de préférence avec le moteur en marche'. Et la reprise de Junior Murvin, Police & Thieves, qui permet au groupe d'afficher clairement sa proximité avec le reggae, le dub et la communauté jamaïcaine de Londres régulièrement prise pour cible par les bobbies et le National Front. D'ailleurs, depuis ses débuts, The Clash s'est peu à peu politisé. Si une des premières chansons s'intitulait I'm So Bored With You, elle devient ici I'm So Bored With The USA, une critique au vitriol de l'impérialisme américain où il est question que le dollars parle aux dictateurs du monde. London's Burning et White Riot sont également des brûlots punk très politisés. Bernie Rhodes et une partie de la presse racontent à qui veut l'entendre que c'est Rhodes lui-même qui a politisé le groupe à gauche. Attention toutefois à ce que racontent médias et managers, j'ai toujours pensé que les membres de Clash étaient assez grands pour avoir leur propres idées politiques.

Produit par Mickey Foote, The Clash sort le 8 avril 1977 en Angleterre et il est très bien accueilli par la critique, contrairement aux USA où les cadres de CBS ne daignent même pas le commercialiser tant ils le trouvent mauvais. Les journalistes anglais et européens, eux, comprennent qu'ils ont affaire à un bon disque punk sur lequel on trouve des titres assez rapides et révolutionnaires tels que White Riot, I'm So Bored With The USA et d'autres plus posés, comme la reprise de Junior Murvin. Mickey Foote et Simon Humphrey, l'ingénieur du son, ont fait le travail demandé, fournir un disque punk, pas de la musique symphonique. The Clash chante l'urgence et la révolte, et aujourd'hui comme en 1977, il reste un des meilleurs albums du genre.

Fernand Naudin

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

ROAD TRIP TO THE COSMIC TRIP - BOURGES 2026

  Vendredi 15 mai, pendant que la Croisette se remplit de badauds venus apercevoir quelques brochettes de stars, c’est un tout autre festival qui m’attend, loin de la Méditerranée. Direction le Loir-et-Cher pour retrouver Bol Bolito ainsi que Jenny et Martin Savage & The Jiggerz  avec qui je prends la route du Cosmic Trip Festival de Bourges. L'événement existe depuis une trentaine d’années et a vu passer du beau monde: Sonny Vincent , Jerry Spider Gang , King Khan , Neurotic Swingers , The Satelliters , The Cynics , Love Me Nots ou encore Lyres , pour ne citer qu’eux. Cette nouvelle édition est largement placée sous le signe du punk-rock, avec quelques formations plus rock’n’roll qui vont s’avérer redoutablement efficaces sur scène. Le site, installé sur une ancienne friche industrielle, est particulièrement agréable, des ateliers transformés en salles de concert, d’autres bâtiments reconvertis en zone de stockage pour le matériel des groupes et, dès l’entrée, des stand...

INTERVIEW ÉLÉONORE ROCHAS : LE PUNK 77, LE POST-PUNK, LA POP. J'ADORE LA POP !

Toujours très active, Éléonore a quand même pris le temps de répondre à mes questions lors du Brunch N'Roll qui avait lieu à Périgueux le mois dernier et je la remercie. Here we go ! Tu as créé le fanzine Dead Groll il y a une grosse dizaine d'années, pourquoi y avoir mis fin ? Je n'ai pas arrêté Dead Groll à proprement dit, je continue le fanzine, c'est juste que ça s'est transformé et j'avais envie d'un autre nom parce que Dead Groll était très marqué 'scène rock garage'. J'avais en tête de faire quelque chose de plus large qui puisse parler à la fois de poésie, de photo, de cinéma et pas être cantonné uniquement à l'univers rock. Dead Groll , c'était mon adolescence, j'aime toujours autant le rock mais j'écoute de plus en plus de choses différentes et le petit côté 'sectaire' commençait à me déplaire un peu. Et puis, les articles de quatre pages, certains les lisent mais pour ceux qui n’ont pas les références et qui ne...

FRED D’HUVE: LE ROCK GARAGE AMÉRICAIN 1964-1968 (ÉDITIONS AKFG)

Le livre de Fred D’Huve nous plonge dans une époque où des armées de gamins ont osé brancher leurs guitares sans forcément trop savoir s’en servir, avec pour ambition d’imiter les groupes de la déferlante anglaise, Beatles , Stones et Kinks en tête. Des milliers de jeunes qui rêvaient eux aussi de devenir des stars et préféraient monter des groupes plutôt que d’aller jouer au baseball, armés de guitares parfois très bon marché et d’amplis poussés à fond. Ils répétaient dans la cave ou le garage de leurs parents avant d’enregistrer leur unique 45-tours, lequel ne dépasserait parfois jamais les frontières de leur État. Et c’est justement là que réside toute la magie du garage rock . Comme le punk rock dix ans plus tard, il n’était pas nécessaire d’être un virtuose, encore moins de sortir du conservatoire. Trois accords, une fuzz, une rythmique qui cogne et un chanteur prêt à tout casser suffisaient souvent à mettre le feu aux poudres. Le résultat? Des morceaux courts, nerveux, parfois ...

SITES WEB, BLOGS ET PODCASTS