Le livre de Fred D’Huve nous plonge dans une époque où des armées de gamins ont osé brancher leurs guitares sans forcément trop savoir s’en servir, avec pour ambition d’imiter les groupes de la déferlante anglaise, Beatles, Stones et Kinks en tête. Des milliers de jeunes qui rêvaient eux aussi de devenir des stars et préféraient monter des groupes plutôt que d’aller jouer au baseball, armés de guitares parfois très bon marché et d’amplis poussés à fond. Ils répétaient dans la cave ou le garage de leurs parents avant d’enregistrer leur unique 45-tours, lequel ne dépasserait parfois jamais les frontières de leur État.
Et c’est justement là que réside toute la magie du garage rock. Comme le punk rock dix ans plus tard, il n’était pas nécessaire d’être un virtuose, encore moins de sortir du conservatoire. Trois accords, une fuzz, une rythmique qui cogne et un chanteur prêt à tout casser suffisaient souvent à mettre le feu aux poudres. Le résultat? Des morceaux courts, nerveux, parfois bancals, mais chargés d’une énergie qui ferait passer bien des productions contemporaines pour de la musique de supermarché.
L’ouvrage passe en revue ces formations qui n’ont souvent gravé qu’un seul disque avant de disparaître, laissant derrière elles un morceau incandescent et quelques exemplaires aujourd’hui convoités par les collectionneurs. Il débute sur la côte Est des USA et liste les groupes de chaque État. Des plus connus, comme les Seeds, Sonics, Remains et 13th Floor Elevators, qu'on découvre à travers plusieurs pages, aux plus obscurs, tels que Five Bucks, The Briks et The Caretakers of Deception, présentés en quelques lignes. L’ouvrage ratisse large et réserve son lot de découvertes.
Un livre qui nous rappelle que l’histoire du rock américain ne s’est pas écrite uniquement dans les studios prestigieux de New York ou de Los Angeles. Elle s’est aussi forgée dans l’anonymat, loin des projecteurs, grâce à des musiciens qui n’ont parfois eu que quelques heures pour immortaliser leurs compositions.
Un guide pour les amateurs de fuzz, de riffs crasseux et de singles improbables.
Fernand Naudin

Commentaires