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MONSTER STORY: NEVER MIND THE BOLLOCKS HERE'S THE SEX PISTOLS

 

Les Sex Pistols ont traversé l'histoire du rock comme une météorite. Formés officiellement en août 1975 avec le line-up qu'on connait, ils se sont séparés deux ans et demi après, laissant derrière eux un album et une poignée de singles qui ont marqué leur époque. Mais si Never Mind The Bollocks Here's The Sex Pistols est aujourd'hui une référence du punk des 70's, il est bon de rappeler qu'il ne s'est pas fait en un jour, voire en un week-end, comme certains autres disques du genre.

Tout commence en octobre 1976, lorsque le manager Malcolm McLaren obtient un contrat avec EMI Records qui permet aux Pistols d'enregistrer la face A de leur premier single aux Wessex Sound Studios de Londres. Anarchy In The UK, écrite au printemps et rodée pendant l'été sur scène, annonce clairement la couleur. Le groupe veut du changement et rejette l'autorité, l'État et l'Église. Rotten y chante la destruction d'un système patriarcal et catholique qu'il déteste. Mais le scandale chez Bill Grundy et la tournée catastrophique de décembre 76 stoppent le groupe sur sa lancée, EMI le vire début 77. L'album prévu ne sortira pas chez eux mais Anarchy In The UK y figurera.

En mars, juste après l'arrivée de Sid Vicious à la basse, un nouveau contrat discographique est signé avec A&M Records. Le groupe retourne aux Wessex Sound Studios mais Sid, trop inexpérimenté pour le moment, ne participe pas à le séance. Certaines sources affirment que Glen Matlock, le premier bassiste, revient exceptionnellement, d'autres indiquent que c'est Steve Jones, le guitariste, qui s'y colle.

Quoi qu'il en soit, les Pistols enregistrent quatre titres dont God Save The Queen destiné à devenir le prochain single mais l
e contrat avec A&M ne dure qu'une semaine. Lors de la signature officielle dans les bureaux de la compagnie, les Pistols, après avoir un peu trop bu, mettent un joyeux boxon. A&M rompt le contrat et le single ne sortira jamais officiellement. La majeure partie des exemplaires pressés est détruite et le prix des quelques survivants atteint aujourd'hui des sommets.
Malgré les embûches, les séances continuent au printemps. Sid Vicious est absent, hospitalisé pour une hépatite, et c'est principalement Steve Jones qui assure les parties de basse. Le 26 avril, des journalistes japonais du magazine Apache rendent visite aux Pistols aux Wessex Sound Studios. Après l'interview, le groupe joue quelques titres live pour ses invités. L'enregistrement de ce show privé existe mais n'a jamais quitté le Japon.

Photo Toru Kogure. Apache
Au mois de mai, McLaren décroche enfin un nouveau contrat, cette fois avec Virgin Records. Le premier single sera God Save The Queen, dont la sortie est programmée pour le jubilé d'argent d'Elizabeth II, le 7 juin 1977. Le timing est parfait. Le jour même, les Pistols jouent sur la Tamise devant quelques journalistes et amis. La police fluviale intervient et le concert tourne court. Le single, déjà jugé scandaleux, est interdit d'antenne et n'apparaît même pas dans les charts malgré d'excellentes ventes. Sur la BBC, John Peel prend pourtant le risque de le diffuser contre l'avis de sa direction.

Les sessions continuent sans Sid Vicious, Jones fait les parties de basses en plus des guitares, des overdubs et des chœurs. Contrairement à une légende absurde, Chris Spedding n'intervient pas lors de ces séances. Il a lui même démenti à plusieurs reprises. En revanche, pendant leur séjour aux Wessex Sound Studios, les japonais d'Apache ont photographié un homme, assis à côté de Steve Jones, avec une de ses Les Paul sur les genoux. De qui s'agit-il? Que faisait-il? Rien d'exceptionnel, il s'agit d'un technicien son. 

Après leur tournée scandinave, les Pistols retournent aux Wessex Sound Studios au mois d'août. Cette fois, Sid participe à un titre, Submission, disponible sur le coffret Sexbox1 de 2002. Mais la version est rejetée par la production car elle ne groove pas assez. Il joue bien, juste et dans le temps mais son style, plus brut, est jugé trop éloigné de ceux de Matlock et Jones.

Steve Jones et un employé du studio
Le mixage de certains titres se fait avec Bill Price aux Air Recording Studios avant le choix cornélien des chansons qui devront figurer sur Never Mind The Bollocks. Et là, encore une fois, les choses se compliquent. Entre Richard Branson de Virgin, McLaren et les Pistols, personne n'est vraiment d'accord. Il faut également trouver un titre à l'album qui pourrait être God Save Sex Pistols. Une maquette est d'ailleurs réalisée par Jamie Reid, le pote designer qui a fait les pochettes des singles et les affiches de concerts. Il faut trancher et lors d'une répétition, Steve Jones, las, balance 'oh, never mind the bollocks !'. Le titre de l'album est trouvé. Reste le choix des chansons. Personne n'est très chaud pour garder Submission, plus lente que le reste de l'album qui sort finalement le 28 octobre 1977 au Royaume Uni avec onze titres. 

Certains affirment qu'en France et en Belgique, Barclay a un coup d'avance avec un premier pressage disponible le 18 du même mois mais aucune source officielle sérieuse ne permet de l'affirmer. La date retenue est donc le 28 octobre et à peine le disque est-il dans les bacs que des esprits chagrins et le fan club de sa Majesté estiment que le mot Bollocks est outrancier. L'affaire se règle alors au tribunal où il est démontré que ce mot, dans un sens ancien, signifie 'nonesense' (absurdité) et n'est absolument pas grossier. Le procès fini, une guerre s'engage entre Virgin et Barclay qui exporte une version douze titres au Royaume-Uni avec une pochette différente, couleur saumon et verte, et la mention 'includes the unreleased Submission' au recto. Douze titres au lieu de onze, ce nouveau pressage oblige Virgin à réagir en proposant un single mono face de Submission et un poster offerts avec son pressage original.


Pendant que français et anglais rejouent la guerre de cent ans en version punk, Warner Brothers, propriétaire du contrat pour les USA et le Canada, sort un douze titres avec pochette saumon et verte assez proche de celle de Barclay.
Les éditions internationales vont ensuite se multiplier, faisant le bonheur des collectionneurs.

Depuis, les rééditions, remasters et box sets n'ont évidemment jamais cessé. Pour les fans hardcore, le coffret anniversaire de 2012 reste particulièrement intéressant, avec reproduction du single A&M, outtakes, démos et vidéos inédites. Mais au-delà des pressages, des querelles de labels et des légendes qui entourent sa fabrication, Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols reste surtout l'un des disques incontournables de l'ère punk. Du visuel génial de sa pochette, où le groupe est absent, jusqu'aux chansons incendiaires, en passant par la parcours chaotique de sa réalisation, tout dans ce disque est punk.

Fernand Naudin

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