Au début, il y a Deathwish, groupe heavy rock formé en 1976 à Mornington, près de Melbourne. Après différents changement de personnel, le line-up se stabilise autours de Bruce 'Fred' Friday (guitare), Cal McAlpine (batterie) et Ian Cunningham (basse), influencés par Led Zeppelin, Blue Öyster Cult, Alice Cooper, Aerosmith, Stooges et MC5 et les gangs australiens tels que Master's Apprentices, Coloured Balls et Wild Cherries.
Le premier concert de Deathwish a lieu en août 1976. À ce moment-là, la scène locale n'a rien de punk, certaines formations comme La Femme jouent un glam rock très influencé par David Bowie.
Courant 1977, face à l'explosion punk, le groupe s'éloigne peu à peu du heavy rock et de Led Zeppelin pour s'inspirer du punk anglais et américain, en particulier les Sex Pistols et les Ramones, ainsi que les locaux The Saints.
Fin '77, Cal McAlpine et Ian Cunningham assistent à un concert de Radio Birdman à Frankston, à une quinzaine de kilomètre de chez eux et c'est une révélation.
Ian Cunningham: un soir de fin 1977, Cal et moi sommes allés au Pier Rock à Frankston pour voir Radio Birdman. Deux choses nous ont vraiment marqués, d'abord, leur set comprenait exactement les mêmes influences que nous, les Stooges, MC5, Blue Öyster Cult et des classiques des sixties. Et deuxièmement, leur attitude. Ils n'en avaient strictement rien à foutre de ce que vous pensiez d'eux. Plus les gens se foutaient d'eux et plus ils jouaient fort, vite et de façon agressive. On pensait être morts et arrivés au paradis parce que tout ceci confirmait nos croyances dans ce que nous faisions. Naturellement, nous sommes allés nous faire connaître et avons pas mal discuté avec Rob Younger.
Au cours de la rencontre, il est prévu que Deathwish fasse la première partie de Radio Birdman au club Oxford Funhouse de Sydney. Seulement voilà, leur chanteur ne veut pas aller jusqu'à Sydney pour jouer... Il quitte alors le groupe qui se retrouve à nouveau à trois.
Ian Cunningham: on s'est donc retrouvé à trois et on faisait des concerts où on chantait à tour de rôle. Notre set comprenait un bon nombre de reprises des Stooges, MC5, Master Apprentices, Wild Cherries, Saints, Pistols, Coloured Balls, Ramones et des compos originales. On était plutôt bien reçus, comme lorsqu'on a joué au club Somers Yacht où nous avons époustouflé le très jeune public de deux ou trois cent personnes, en particulier lorsque nous avons joué notre version survitaminée de God Save The Queen des Sex Pistols. Mais on sentait qu'il nous manquait un chanteur, notre propre Iggy. C'était vers novembre ou décembre 1977.
Les 'Few' trouvent finalement leur Iggy en la personne de Ian Weaver, un rude gaillard capable de chanter très fort, voire de hurler. Deathwish se rebaptisent alors The Chosen Few et musclent encore un peu plus leur punk-rock, définitivement plus à l'aise avec un chanteur. En concert, Ian Weaver est assez imprévisible, pour ne pas dire terrifiant, certains le comparent à Iggy ou Alan Vega pour son attitude extrême. Par moment, il n'hésite pas à aller à l'affrontement avec le public.
Ajoutons que, comme certains punks US et anglais, The Chosen Few usent et abusent de provocation en utilisant des visuels nazis, des photos de dictateurs, des swastikas pour remplacer le S du nom du groupe, et tout ce qui peut déranger un système qui se veut bien pensant tout en étant salement hypocrite. Ils diffusent des publicités dans la presse musicale affirmant soutenir des dictateurs comme Idi Amin Dada ou Pol Pot et passent une annonce dans laquelle ils se portent volontaires pour être mercenaires en Ouganda, au Cambodge et au Chili, afin de 'tuer, brûler, piller et violer'. Ils assument même pleinement d'insulter les directeurs de labels qui viennent les voir jouer.
Conséquence, les clubs de Melbourne et alentours ne veulent pas entendre parler d'eux et ils jouent là où ils le peuvent, dans des arrière-cours de maisons, quelques rares pubs ou n'importe quel endroit acceptant un public.
Ian Cunningham: dans les années 70, nous ne réfléchissions pas beaucoup à ce que nous faisions. Le résultat était trop démoniaque, sauvage, brut et sarcastique pour être commercialement viable, mais en même temps, c'était un immense bras d'honneur envers l'establishment rock. C'était monumental, putain, et les bons concerts étaient fantastiques.
En 1978, ils jouent à Adélaïde, sans doute la destination la plus éloignée de leur zone d'action puisque la plupart du temps, leurs concerts ont lieu autours de Melbourne.
Quelques jours avant de partir, les membres du groupe se défoncent copieusement lors d'une soirée et dans un élan de folie, ils décident de se marquer physiquement en utilisant des cintres en fer chauffés à blanc pour se graver les initiales 'TCF' (The Chosen Few) sur les bras et les épaules.
Au moment d'arriver à Adélaïde, les plaies n'ont que partiellement cicatrisé, sauf pour Ian Weaver, elles suppurent. Malgré l'état physique du chanteur, le concert est un grand moment de sauvagerie. Le public d'Adélaïde n'a manifestement pas l'habitude de voir un groupe de ce genre et adhère immédiatement à l'énergie brute qui se dégage. Après le concert, une jeune femme va les voir en coulisse et leur propose un gang bang mais nos quatre punks préfèrent continuer à picoler entre eux et la vire des loges.
Une semaine plus tard au Seaview de Melbourne, pendant le set, Ian Weaver saute dans la foule et invite les gens à venir gratter les croûtes de ses brûlures mal cicatrisées. À la surprise générale, deux superbes jeunes femmes s'exécutent.
Ian Cunningham: Je n'arrivais pas à le croire ! ... C'était dégoûtant ! Quel changement par rapport à la tradition du 'cock rock' où le chanteur se pavane sur scène. Pas pour les Few, nous devions offrir un spectacle d'une vulgarité incroyable.
Effectivement, pour The Chosen Few, le punk n'est pas une question de pose et encore moins de mode pour passer à autre chose afin d'accéder à la gloire. C'est un mode de vie basé sur une forme d'autodestruction et de confrontation physique avec ce qui est extrême.
La même année, ils enregistrent leur seul disque officiel, un 7" intitulé The Joke's On Us, gratuitement dans un studio de Collingwood, près de Melbourne. The Chosen Few trouvent un deal avec deux jeunes, Ben et Baron Rolls, qui organisent des concerts et possèdent un studio d'enregistrement, le BB Rolls Recording Studio. Le groupe joue sans être payé et en contrepartie, il peut utiliser le studio durant les heures libres. Les six titres de leur futur EP sont donc enregistrés au fil du temps sans débourser un centime.
Ian Cunningham: nous sommes retournés aux studios BB Rolls quelques semaines plus tard pour deux autres sessions, qui sont devenues le EP The Joke's On Us. Nous ne pouvions pas nous offrir un album complet, mais nous avons découvert que sur un disque 7 pouces tournant à 33 tours, on pouvait mettre plus de morceaux... La configuration de nos chansons était évidente : nous avons juste sélectionné des chansons punk glauques, plus ou moins parce que nous le pouvions : 'what the fuck!' (on s'en fout !). Nous avions peu d'expérience en studio, donc nous ne savions pas vraiment ce que nous voulions ou à quoi nous devions ressembler.
L'objet sort à 500 exemplaires sur leur propre label A Few Production et c'est le groupe lui-même qui se charge de plier les pochettes et emballer les vinyles. Il sort le 28 août 1978 et fait aujourd'hui partie des disques cultes du punk-rock australien.
Ian Cunningham: c'est un produit pur jus de la péninsule de Mornington... une qualité sonore horriblement mauvaise, mais c'est ça qui fait que c'est du punk, je suppose !
A force de sauvagerie, de galère et de défonce, The Chosen Few jettent l'éponge après un dernier concert en mai 1979. Malgré une activité très limitée géographiquement et la réalisation d'un seul EP, The Chosen Few sont devenus un groupe culte en Australie et au-delà.
A force de sauvagerie, de galère et de défonce, The Chosen Few jettent l'éponge après un dernier concert en mai 1979. Malgré une activité très limitée géographiquement et la réalisation d'un seul EP, The Chosen Few sont devenus un groupe culte en Australie et au-delà.
Fernand Naudin
Sources: internet + The Chosen Few Really Gonna Punch You Out!!! (Hate Records 2LP 2001)







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