Le premier festival punk de Mont de Marsan va fêter ses 50 ans l'été prochain. L'occasion de revenir sur l'évènement à travers différentes archives et le livre de Thierry Saltet, Le Massacre Des Bébés Skaï (Julie Éditions).
Le samedi 21 août 1976 et les 5 et 6 août de l'année suivante ont lieu des concerts, devenus mythiques, dans les arènes de la préfecture des Landes. Une trentaine d'années plus tard, le premier livre sur le sujet voit le jour: Le Massacre Des Bébés Skaï. Il nous éclaire sur la façon dont tout a eu lieu, en plus de remettre certaines pendules à l'heure et pour la première fois apparaissent les noms d'André-Marc Dubos, Dominique Rethaller et Alain Lahana. Des fans de musique qui vont mettre sur pied ce qui deviendra culte dans l'histoire du rock et du punk.
Tout débute avec le passage de Dr Feelgood à Orange en 1975 qui donne envie à ces landais d'organiser un concert chez eux, à Mont de Marsan.
Viennent les premières démarches et avec elles les premières difficultés pour trouver un lieu, obtenir des autorisations, réunir des fonds, etc. Les protagonistes et l'auteur du livre nous éclairent sur l'état du rock en France à l'époque, puis sur le rôle de Marc Zermati et son label Skydog, connexion avec l'Angleterre pour la participation de certains groupes. Damned sont les seuls véritables punks de cette première aventure et c'est leur premier concert à l'étranger. Ils n'existent que depuis quelques mois seulement mais se sont faits remarquer en première partie des Sex Pistols au 100 Club de Londres début juillet. Leur set est sauvage, les reprises de Help des Beatles et 1970 des Stooges, incendiaires. Sont également présents Eddie the Hot Rods, dont le nom est affiché en gros sur la scène, Hammersmith Gorillas, Little Bob Story, Bijou et d'autres formations moins connues.
Contrairement à ce qui est annoncé, cette première édition est donc une journée rock et les racines sixties sont assez présentes à travers les covers des groupes. Il faudra attendre l'année suivante pour la déferlante punk.
Le livre de Caroline Coon, The New Wave Punk Rock Explosion, documente très bien l'évènement, les photos qui y figurent sont parlantes, sur l'une d'elles, on y voit les Damned et une longue bâche accrochée sous la batterie avec le nom d'Eddie And The Hot Rods, stars de la journée. Ce jour-là, les Damned sont tellement bon que Jake Riviera, copropriétaire du label Stiff Records, décide de les signer. Riviera joue également un rôle important durant le festival, volant plusieurs fois au secours de Marc Zermati, débordé par les demandes incessantes des groupes british et au bord de la crise de nerfs.
Des bandes audio existent et malgré leur qualité assez brute, elles permettent de se faire une idée de ce qui s'est passé ce 21 août 1976. Le set des Damned (devenu officiel depuis) est un véritable cataclysme, leur furie surpasse nettement le rock des autres groupes. 'You know Iggy? La Iggy ! La Iggy !' hurle Dave Vanian avant la reprise de 1970 des Stooges dans une version bien destroy. Eddie & The Rods, dont une bande audio existe également, sont présentés comme le 'meilleur groupe de la nouvelle génération anglaise' par l'organisateur du festival et ils tirent indiscutablement leur épingle du jeu mais ne dégagent pas la folie punk des Damned. Leurs covers de 96 Tears, Satisfaction, The Kids Are Alright sont parfaites, jouées un brin plus vite que les versions originales, elles restent malgré tout assez proches et n'apportent rien de vraiment nouveau comparé aux Damned qui, de fait, sont ceux qui amènent le punk en France à l'été 76.
Cela permet de mieux comprendre pourquoi Neil Spencer, journaliste au NME, flashe sur les Sex Pistols qui ouvrent pour les Hot Rods au Marquee en février de la même année. Ces jeunes groupes punks sont vraiment d'un genre nouveau en 1976, tant musicalement que visuellement et, pour répondre à la question posée dans Le Massacre Des Bébés Skaï, le fait que les Pistols volent la soirée aux Hot Rods au Marquee leur coutera d'être absents à Mont de Marsan.
En effet, Marc Zermati, ami de Barrie Masters et son gang, ne pardonnera jamais au clan McLaren d'avoir, involontairement, mis le groupe de pub-rock en retrait dans la presse. À partir de là, bon nombre de salades seront racontées sur le clan Pistols (il y en a quelques unes dans le bouquin). Mais de leur côté, les Pistols et leur management décident de s'éloigner du circuit pub-rock depuis cette soirée au Marquee où un public assez beauf, il faut bien le dire, ne cesse de les attaquer sur leur manque de virtuosité, un peu comme les bikers bourrins s'en prennent à Iggy & The Stooges sur l'album Metallic K.O.
En 1977, les choses sont différentes, la première journée est vraiment punk, le lendemain voit passer des groupes rock n'roll et pub-rock. D'Angleterre débarquent The Clash, Maniacs, Police, les Damned qui reviennent avec un second guitariste (Lu Edmonds, futur Public Image Limited), The Jam qui ne joueront malheureusement pas pour des histoires de décalage dans l'ordre de passage des groupes. Côté pub-rock, c'est le retour d'Eddie & The Hot Rods aux côtés de Dr Feelgood, et comme en 76, il y a des français, Little Bob Story, Bijou, Shakin' Street et les Lou's ! Quatre nanas qu'une partie de la presse de l'époque méprise avec un machisme ahurissant, quatre punk-rockeuses qui reprennent les Seeds quand certains hommes ont peur du rock... Les Lou's, le seul groupe de l'édition 77 à jouer les deux jours !
Pour son livre, Thierry Saltet a interviewé beaucoup de monde dont Kick (Strychnine), Mick Jones (The Clash), Henri-Paul Tortosa (Maniacs), Sacha de Jong (Lou's) et le futur président de l'association Doctor Boogie, Pierre Dauriac, présent lors des deux éditions alors qu'il a uniquement 14/15 ans à l'époque et qui nous raconte comment, malgré son jeune âge, il a pu assister à ces concerts. Tous décrivent un événement sensationnel et les photos publiées dans Best montrent des arènes bien remplies contrairement à 1976 où, paraît-il, deux à trois cent personnes avaient fait le déplacement (la capacité d'accueil des arènes de Mont de Marsan est de 7000 personnes et il se dit qu'en 1977 environ 4000 spectateurs étaient présents). L'article de Best par Francis Dordor est passionnant, il contient une interview de Paul Weller des Jam et un compte-rendu des deux journées. Dordor semble y régler quelques comptes avec Patrick Eudeline d'Asphalt Jungle, remet les Lou's au devant de la scène, et évite de raconter n'importe quoi contrairement aux journaux télévisés. Les photos montrent des groupes au look impeccable, Maniacs innovent avec un bassiste iroquois, une nouveauté pour l'époque, The Clash et leurs tenues zippées font forte impression.
Viennent les premières démarches et avec elles les premières difficultés pour trouver un lieu, obtenir des autorisations, réunir des fonds, etc. Les protagonistes et l'auteur du livre nous éclairent sur l'état du rock en France à l'époque, puis sur le rôle de Marc Zermati et son label Skydog, connexion avec l'Angleterre pour la participation de certains groupes. Damned sont les seuls véritables punks de cette première aventure et c'est leur premier concert à l'étranger. Ils n'existent que depuis quelques mois seulement mais se sont faits remarquer en première partie des Sex Pistols au 100 Club de Londres début juillet. Leur set est sauvage, les reprises de Help des Beatles et 1970 des Stooges, incendiaires. Sont également présents Eddie the Hot Rods, dont le nom est affiché en gros sur la scène, Hammersmith Gorillas, Little Bob Story, Bijou et d'autres formations moins connues.
Contrairement à ce qui est annoncé, cette première édition est donc une journée rock et les racines sixties sont assez présentes à travers les covers des groupes. Il faudra attendre l'année suivante pour la déferlante punk.
Certains témoins de ce festival affirment que les Damned marquent énormément les esprits par leur folie et ce rock d'un genre nouveau. Ceux avec qui j'ai pu en discuter m'ont confié avoir totalement flashé sur le groupe de Captain Sensible. Les codes du rock n'roll sixties ont disparu dès que les damnés sont montés sur scène, puisant leur énergie et leur fougue chez les Stooges de Fun House et le MC5. Le look du groupe est également différent, Dave Vanian apparait comme un Bella Lugosi punk et Brian James, cheveux hirsutes et grosses lunettes noires, dépareille totalement aux côtés de Gorillas, Little Bob Story et de Bijou, par exemple.
![]() |
| Damned. Photo John Ingham. |
Le livre de Caroline Coon, The New Wave Punk Rock Explosion, documente très bien l'évènement, les photos qui y figurent sont parlantes, sur l'une d'elles, on y voit les Damned et une longue bâche accrochée sous la batterie avec le nom d'Eddie And The Hot Rods, stars de la journée. Ce jour-là, les Damned sont tellement bon que Jake Riviera, copropriétaire du label Stiff Records, décide de les signer. Riviera joue également un rôle important durant le festival, volant plusieurs fois au secours de Marc Zermati, débordé par les demandes incessantes des groupes british et au bord de la crise de nerfs.
![]() |
| Damned live officiel avec erreur de date |
Cela permet de mieux comprendre pourquoi Neil Spencer, journaliste au NME, flashe sur les Sex Pistols qui ouvrent pour les Hot Rods au Marquee en février de la même année. Ces jeunes groupes punks sont vraiment d'un genre nouveau en 1976, tant musicalement que visuellement et, pour répondre à la question posée dans Le Massacre Des Bébés Skaï, le fait que les Pistols volent la soirée aux Hot Rods au Marquee leur coutera d'être absents à Mont de Marsan.
![]() |
| Bootleg d'Eddie & The Hot Rods |
Par solidarité, Bernie Rhodes, le manager de Clash, refuse poliment l'invitation à Mont de Marsan. Marc Zermati racontera ensuite que le groupe de Strummer n'était pas prêt pour jouer le 21 août. Tout le monde sait aujourd'hui que c'est faux puisque le 13 du même mois, The Clash assure un concert privé devant des journalistes et l'enregistrement du 29 au Screen On The Green prouve que le groupe était totalement capable de participer à Mont de Marsan une semaine auparavant.
Ceux qui font également la différence ce 21 août sont les Gorillas ou Hammersmith Gorillas. Jesse Hector et ses acolytes se déchainent sous la pluie, reprenant You Really Got Me des Kinks avec fougue et les personnes présentes avec qui j'en ai discuté ont été unanimes, les gorilles d'Hammersmith n'ont eu aucun mal à convaincre le public avec leur garage rock proto-punk. Je n'ai malheureusement jamais trouvé d'enregistrement de leur set pour me faire une idée précise de leur performance mais à croire ceux qui y étaient, le groupe anglais a mis le feu aux arènes.
En 1977, les choses sont différentes, la première journée est vraiment punk, le lendemain voit passer des groupes rock n'roll et pub-rock. D'Angleterre débarquent The Clash, Maniacs, Police, les Damned qui reviennent avec un second guitariste (Lu Edmonds, futur Public Image Limited), The Jam qui ne joueront malheureusement pas pour des histoires de décalage dans l'ordre de passage des groupes. Côté pub-rock, c'est le retour d'Eddie & The Hot Rods aux côtés de Dr Feelgood, et comme en 76, il y a des français, Little Bob Story, Bijou, Shakin' Street et les Lou's ! Quatre nanas qu'une partie de la presse de l'époque méprise avec un machisme ahurissant, quatre punk-rockeuses qui reprennent les Seeds quand certains hommes ont peur du rock... Les Lou's, le seul groupe de l'édition 77 à jouer les deux jours !
Pour son livre, Thierry Saltet a interviewé beaucoup de monde dont Kick (Strychnine), Mick Jones (The Clash), Henri-Paul Tortosa (Maniacs), Sacha de Jong (Lou's) et le futur président de l'association Doctor Boogie, Pierre Dauriac, présent lors des deux éditions alors qu'il a uniquement 14/15 ans à l'époque et qui nous raconte comment, malgré son jeune âge, il a pu assister à ces concerts. Tous décrivent un événement sensationnel et les photos publiées dans Best montrent des arènes bien remplies contrairement à 1976 où, paraît-il, deux à trois cent personnes avaient fait le déplacement (la capacité d'accueil des arènes de Mont de Marsan est de 7000 personnes et il se dit qu'en 1977 environ 4000 spectateurs étaient présents). L'article de Best par Francis Dordor est passionnant, il contient une interview de Paul Weller des Jam et un compte-rendu des deux journées. Dordor semble y régler quelques comptes avec Patrick Eudeline d'Asphalt Jungle, remet les Lou's au devant de la scène, et évite de raconter n'importe quoi contrairement aux journaux télévisés. Les photos montrent des groupes au look impeccable, Maniacs innovent avec un bassiste iroquois, une nouveauté pour l'époque, The Clash et leurs tenues zippées font forte impression.
![]() |
| Best 1977. À gauche, Maniacs et les arènes bondées |
Le lendemain, Eddie And The Rods confirme qu'il reste un grand groupe de scène, Dr Feelgood, Little Bob Story et Bijou également. Le fanzine I Wanna Be Your Dog relate l'évènement mais la mauvaise mise en page ne permet pas de lire correctement tout ce qui y est écrit. Dommage... Rock En Stock fait également le point sur ce week-end de haute intensité dans son numéro 5 de septembre 1977. Asphalt Jungle se fait défoncer ('groupe parisien dont la nullité ne trompe personne' fin de citation), The Boys passent pour un groupe agressif et violent (quelle blague), le reste peut être consulté ici.
Quelques enregistrements permettent là aussi de se faire une idée des deux journées, un bootleg LP de Clash ainsi qu'une vidéo disponible sur Youtube montrent toute l'énergie du groupe et ses capacités techniques. Le gang de Strummer est assez impressionnant, comme les Damned qui sont également immortalisés sur cassette audio et bande vidéo (leur set est aussi dément qu'en 76). Police peine à convaincre, la voix de Sting devient vite pénible malgré quelques bons morceaux qu'on retrouvera plus tard en face B de singles et sur le premier album dans des versions plus soft. D'autres vidéos sont disponibles en ligne, on y voit Maniacs, Strycknine, les Lou's ou encore, une interview de l'organisateur André Marc Dubos.
Côté littérature, il n'existe que deux livres sur les festivals de Mont de Marsan, Punk Sur La Ville d'Alain Gardinier et Le Massacre Des Bébés Skaï de Thierry Saltet qui, malgré les clichés habituels sur les Sex Pistols, est un ouvrage passionnant.
Si les deux éditions n'étaient pas punks à 100%, surtout la première, elles ont toutefois permis de révéler les nouveaux groupes du moment, une nouvelle musique, un nouveau look, une attitude. C'est sans doute pour cette raison que ces deux éditions restent, dans les esprits, des festivals punks.
Fernand Naudin













Commentaires